Paroisse Notre-Dame
de la Clarté Dieu

 

 

Février 2020 – Éditorial du Père François-Xavier Oniossou :

Lumière des nations, gloire d’Israël, Jésus est l’aboutissement de l’espérance d’Israël

 Plus qu’une charmante histoire de famille, c’est toute une page de théologie qui nous est servie en ce dimanche.

L’épisode de la présentation de Jésus au Temple de Jérusalem par des parents pieux et respectueux de la Loi de Moïse a en effet pour but de signifier que Jésus est bel et bien le fruit de l’espérance, l’aboutissement de la foi d’Israël, son plein accomplissement. Il est important pour l’évangéliste de le souligner car, à la fin du premier siècle, des chrétiens, perplexes, pouvaient s’étonner du rejet massif de Jésus par la synagogue. L’épisode répond à ce paradoxe du rejet du Messie par le peuple bénéficiaire des promesses de Dieu.

Par le rôle prophétique joué par Syméon, l’identité messianique de Jésus est confirmée : « Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples » ;(Luc 2,30-3) En même temps, son rejet par Israël annoncé : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction » (Lc 2,34). Luc évite toutefois de noircir le portrait d’Israël qui, pour lui, occupe une place particulière dans l’œuvre du salut opéré par Dieu. On même peut dire ici que Luc « honore » Israël dans ce tableau où ne figurent que des juifs exemplaires (parents de Jésus, Syméon et Anne), ouverts au salut apporté par cet enfant.

Trois cantiques ponctuent les chapitres de l’enfance de Jésus dans l’évangile selon St Luc. Tout en imprégnant d’une touche d’allégresse les récits merveilleux de la naissance de Jean et de Jésus, ces chants ont aussi un rôle de révélation : ils disent le mystère, donnent l’interprétation des événements, annoncent le rôle salvifique des personnages touchés par les faveurs divines. Le cantique que prononce Syméon dans le Temple (Lc 2,29-32), lorsqu’il tient dans ses bras l’objet de son espérance, ne fait pas exception. Non seulement il identifie clairement l’enfant Jésus comme « salut préparé par Dieu » – ce qui équivaut, dans l’espérance d’Israël, à reconnaître en lui le Messie promis – mais l’originalité de ce cantique tient à l’annonce de la portée universelle de ce salut. Cet enfant est appelé à devenir lumière des nations et gloire de son peuple Israël !

La gloire d’Israël revient donc à porter « à l’universel » l’amour sauveur du Dieu unique, ce qui était bien, selon Isaïe (Is 49,6), la vocation du peuple élu et qui se réalise en Jésus Christ. L’accueil de cette lumière par les nations païennes, annoncé ici, sera l’objet principal du deuxième opus de l’évangéliste Luc, le livre des Actes des Apôtres.

Toutefois ce Sauveur universel censé être la gloire d’Israël ne fera pas l’unanimité ! Le cantique joyeux fait place à un oracle menaçant de la part de Syméon. La parole de Jésus, son être messianique sera source de division au sein de son propre peuple, situation que les premiers destinataires de l’évangile sont à même de constater. Cette division, ce non-accueil de son fils sera source de souffrance pour Marie sa mère, que Syméon prévient par la forte image d’un glaive lui transperçant l’âme. Le spectre de la passion de Jésus se profile déjà, dès sa plus tendre enfance.

Pour terminer le récit sur une note joyeuse, Luc fait entrer en scène la prophétesse Anne, qui, au contact de l’enfant et de ses parents, saisit que la « délivrance de Jérusalem » advient par l’arrivée au monde de Jésus. Son témoignage auprès de ses coreligionnaires du Temple ne nous apprendra rien de nouveau sur Jésus, toutefois, il anticipe symboliquement l’annonce future de la Bonne Nouvelle. 

Pour exprimer traduire en langage logique la théologie qui se dégage de ce récit imagé, on peut dire en résumé que Dieu s’est choisi un peuple, Israël, par lequel il s’est révélé à l’humanité comme le Dieu Un et aimant ! À ce peuple, à travers ses difficultés, Dieu a promis de susciter un Consolateur, un Messie Sauveur. Jésus est ce Messie promis qui accomplit la foi et l’espérance d’Israël. Toutefois la messianité de Jésus ne sera pas reconnue par l’ensemble de son peuple, ni de son vivant (il subira la passion), ni après sa résurrection (rejet massif par le judaïsme du 1er siècle).

L’Église, nouvel Israël, comprendra que la mission salvifique de Jésus dépasse les frontières de son peuple et s’étendra à l’ensemble de l’humanité par l’annonce de la Bonne Nouvelle de sa mort et de sa résurrection. L’annonce de la Bonne Nouvelle sera paradoxalement source de division. Mais à ceux qui l’ont reconnu comme Messie Sauveur est confiée cette mission d’en porter la lumière aux nations, d’en témoigner joyeusement auprès de leurs frères et sœurs en humanité.

 En célébrant la fête de la présentation su Seigneur, la Chandeleur, ou la vie consacrée, devenons nous- aussi des faisceaux de la lumière du Christ au contact de nos frères et sœurs ; et si cela devrait passer par la souffrance de devenir signes de contradiction en monde, tant mieux…

FXO